Stablecoins en dollars : menace pour les monnaies locales
La Banque de Corée publie une étude démontrant que les stablecoins adossés au dollar exercent une pression à la baisse sur les devises des pays émergents, accélérant une dollarisation numérique aux conséquences macroéconomiques majeures.
Les stablecoins en dollars menacent les monnaies locales, selon la Banque de Corée
Une étude publiée par la Banque de Corée le 5 septembre 2026 conclut que les stablecoins adossés au dollar américain exercent une pression à la baisse sur les monnaies des pays émergents. Ce travail académique émanant d'une institution centrale majeure d'Asie du Sud-Est alimente un débat qui prend de l'ampleur dans les cercles de politique monétaire internationale : la dollarisation numérique constitue-t-elle une menace structurelle pour la souveraineté monétaire ?
Ce que révèle l'étude
Selon les conclusions relayées par CoinDesk, les chercheurs de la Banque de Corée ont examiné la relation entre l'adoption des stablecoins libellés en dollars — principalement l'USDT et l'USDC — et l'évolution des taux de change dans plusieurs économies émergentes. Leur analyse établit un lien statistique entre la diffusion de ces actifs numériques et la dépréciation des devises locales.
Le mécanisme identifié est relativement direct : lorsque des résidents d'un pays à monnaie fragile convertissent leur épargne ou leurs transactions courantes vers des stablecoins en USD, ils substituent de facto leur monnaie nationale par un instrument indexé sur le dollar. Cette conversion génère une demande structurelle de dollars — ou de ses équivalents numériques — au détriment de la devise locale, ce qui en affaiblit la valeur sur les marchés des changes.
L'étude souligne que cet effet est d'autant plus prononcé dans les économies où la confiance dans la monnaie nationale est déjà érodée par l'inflation ou l'instabilité politique. Dans ces contextes, les stablecoins agissent comme un vecteur d'accélération d'une dollarisation qui existait parfois déjà sous forme informelle, mais qui devient désormais accessible via un simple smartphone.
Contexte : une dollarisation numérique à grande échelle
Le phénomène décrit par la Banque de Corée s'inscrit dans une tendance mondiale documentée depuis plusieurs années. Des pays comme l'Argentine, le Venezuela, le Nigeria ou encore la Turquie ont vu une adoption massive des stablecoins en USD au sein de leur population, précisément dans des périodes de forte inflation ou de contrôle des changes restrictif.
Pour les utilisateurs concernés, le recours aux stablecoins relève souvent d'une logique de survie économique : protéger son pouvoir d'achat, effectuer des transferts internationaux hors du système bancaire traditionnel, ou simplement contourner des restrictions de change imposées par les gouvernements. Mais cet usage individuel rationnel produit, agrégé à l'échelle d'un pays, des effets macroéconomiques que les banques centrales peinent à contrecarrer avec leurs outils conventionnels.
La Banque des règlements internationaux (BRI) et le Fonds monétaire international (FMI) ont tous deux exprimé des préoccupations similaires ces dernières années, mais l'étude coréenne apporte une contribution empirique supplémentaire à ce corpus analytique, en tentant de quantifier l'effet sur les taux de change.
Il convient de noter que la Corée du Sud elle-même dispose d'une monnaie relativement stable, le won. L'intérêt de la Banque de Corée pour ce sujet reflète donc moins une préoccupation domestique immédiate qu'une vigilance régionale et une contribution au débat de politique monétaire internationale, dans un contexte où Séoul ambitionne de jouer un rôle central dans la régulation des actifs numériques en Asie.
Données de marché : les stablecoins au cœur de l'écosystème
Les deux principaux stablecoins visés par ce type d'analyse — l'USDT et l'USDC — s'échangent tous deux autour de 1,00 $ avec une variation quasi nulle sur 24 heures, confirmant leur rôle d'instrument de stabilité relative au sein d'un marché crypto par ailleurs volatil.
À titre de comparaison, le Bitcoin s'affiche à 80 039 $ (+0,56 %), l'Ether à 2 477,97 $ (+1,13 %) et Solana à 103,88 $ (+2,24 %). Ces fluctuations illustrent précisément pourquoi les populations des pays émergents se tournent vers les stablecoins plutôt que vers d'autres cryptoactifs : là où le bitcoin offre un potentiel de gain mais aussi une volatilité importante, l'USDT ou l'USDC procurent la stabilité du dollar sans nécessiter un compte bancaire américain.
Sur le plan de la liquidité décentralisée, la valeur totale verrouillée (TVL) dans les protocoles DeFi donne également une mesure de l'ampleur du phénomène : Ethereum concentre à lui seul 49,17 milliards de dollars de TVL, suivi de Solana (5,89 Md$), BSC (5,83 Md$), Base (5,65 Md$) et Tron (5,43 Md$). Une part significative de ces capitaux circule via des stablecoins en USD.
Conséquences possibles
Si les conclusions de la Banque de Corée sont confirmées et reprises par d'autres institutions, elles pourraient accélérer plusieurs évolutions réglementaires :
- Restrictions à l'émission ou à la circulation des stablecoins étrangers dans certaines juridictions, sur le modèle de ce que plusieurs pays africains ont déjà tenté d'imposer.
- Accélération du développement des monnaies numériques de banques centrales (MNBC) comme alternative souveraine, les gouvernements cherchant à proposer un équivalent numérique de leur propre devise pour concurrencer les stablecoins en USD.
- Pression diplomatique accrue sur les émetteurs comme Tether (USDT) ou Circle (USDC), dont les produits sont accusés d'opérer une forme de substitution monétaire non consentie à l'échelle internationale.
- Exigences de transparence et de réserves renforcées pour les émetteurs de stablecoins, dans le cadre de négociations multilatérales sur la régulation des actifs numériques.
Points à surveiller
- La publication intégrale de l'étude de la Banque de Corée et les données méthodologiques sous-jacentes, pour évaluer la robustesse des conclusions.
- La réaction des émetteurs de stablecoins — Tether et Circle notamment — face à ces accusations d'impact macroéconomique négatif.
- L'évolution du cadre réglementaire en Asie du Sud-Est, où plusieurs banques centrales examinent des restrictions similaires.
- Les travaux du FMI et de la BRI susceptibles de s'appuyer sur cette étude pour formuler des recommandations aux pays membres.
- Le développement des MNBC dans les pays émergents les plus exposés, qui pourrait modifier le rapport de force à moyen terme.
Sources
Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil en investissement. Les crypto-actifs sont volatils ; faites vos propres recherches.
— Reservoir Live