Stablecoins et remises : la Banque d'Italie remet en question les économies promises

Une étude de la Banque d'Italie contredit l'idée reçue selon laquelle les stablecoins offrent systématiquement des frais réduits pour les remises internationales. Les coûts réels incluent conversions, commissions d'échange et slippage.

Illustration représentant un transfert d'argent international avec symboles de stablecoins et de banques centrales

Les stablecoins, vraiment moins chers pour envoyer de l'argent à l'étranger ? La Banque d'Italie en doute

L'industrie crypto présente souvent les stablecoins comme une révolution pour les transferts internationaux, promettant des frais bien inférieurs aux circuits bancaires traditionnels. Une étude publiée par la Banque d'Italie vient nuancer sérieusement ce discours : selon ses chercheurs, l'avantage de coût n'est ni systématique ni garanti. Une prise de position notable, émanant d'une institution au cœur du système européen de banques centrales.

Ce qui s'est passé

Les équipes de recherche de la Banque d'Italie ont publié une étude analysant les coûts réels des remises internationales effectuées via des stablecoins, comparés aux canaux traditionnels. Leurs conclusions, relayées fin juillet et début août 2026 par CoinDesk et Cointelegraph, contredisent l'idée reçue selon laquelle ces actifs numériques offrent systématiquement des frais réduits pour envoyer de l'argent à travers les frontières.

Selon les sources disponibles, l'étude conclut qu'aucun avantage de coût cohérent n'a été identifié pour les stablecoins dans le cadre des remises internationales. Autrement dit, l'économie réalisée par rapport aux opérateurs classiques — banques, services de transfert de fonds comme Western Union ou MoneyGram — n'est pas démontrée de façon stable et reproductible.

La Banque d'Italie n'est pas un observateur neutre au sens anecdotique du terme : en tant que membre de l'Eurosystème, ses travaux de recherche alimentent les réflexions réglementaires au niveau européen, notamment dans le cadre du règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), entré en application progressive depuis 2024.

Contexte

Le marché des remises internationales représente des centaines de milliards de dollars par an à l'échelle mondiale. Les populations immigrées qui envoient de l'argent dans leur pays d'origine supportent des frais qui peuvent dépasser 6 à 8 % du montant transféré selon les corridors, un niveau jugé trop élevé par de nombreuses organisations internationales, dont la Banque mondiale.

C'est précisément sur ce terrain que de nombreux acteurs crypto ont développé leur argumentaire commercial. Des projets construits sur Stellar, Ripple (XRP) ou encore des applications utilisant l'USDT de Tether ou l'USDC de Circle ont mis en avant la rapidité et la réduction des frais comme arguments centraux face aux opérateurs historiques.

Pourtant, le coût réel d'un transfert en stablecoin ne se limite pas aux frais de réseau (gas fees). Il faut intégrer les frais de conversion entre monnaie locale et stablecoin à l'entrée, les frais de reconversion à la sortie, les éventuelles commissions des plateformes d'échange utilisées des deux côtés de la transaction, ainsi que les risques de glissement de prix (slippage) sur des marchés peu liquides. Une fois tous ces éléments pris en compte, la comparaison avec les circuits traditionnels devient nettement moins favorable.

La Banque d'Italie n'est pas la première institution à formuler ce type de réserve. Plusieurs économistes et régulateurs ont déjà souligné que les économies promises par les stablecoins supposent des conditions d'utilisation optimales — infrastructure numérique disponible, accès à des exchanges réglementés, liquidité suffisante dans la paire de change concernée — qui ne sont pas réunies dans de nombreux pays destinataires de remises.

Données de marché

Au moment de la publication de cet article, les deux principaux stablecoins du marché restent stables autour de leur parité : l'USDT s'échange à 1,00 $ (+0,02 % sur 24 h) et l'USDC à 1,00 $ (+0,01 % sur 24 h), conformément à leur mécanique de stabilisation. Ces deux actifs dominent très largement le segment et sont les plus utilisés dans les tentatives de transferts transfrontaliers à bas coût.

Par contraste, le reste du marché affiche des baisses modérées sur 24 heures : le bitcoin recule de 0,72 % à 62 542 $, l'ether de 1,61 % à 1 837,82 $, et Solana de 2,35 % à 71,24 $. Le XRP, souvent cité dans les discussions sur les paiements transfrontaliers institutionnels, perd 0,78 % à 1,05 $.

Sur le plan de l'activité DeFi, Ethereum conserve de loin la première place en termes de valeur totale verrouillée, avec 40,65 milliards de dollars, devant Tron (4,87 Md$), BSC (4,83 Md$), Solana (4,70 Md$) et Base (4,50 Md$). Tron, qui accueille une part significative des transactions USDT, reste un indicateur indirect de l'usage réel des stablecoins dans des contextes de transfert international.

Conséquences possibles

Une étude de cette nature, portant la caution d'une banque centrale membre de l'Eurosystème, pourrait avoir plusieurs effets concrets.

  • Sur le plan réglementaire : les conclusions pourraient renforcer la prudence des régulateurs européens vis-à-vis d'un encadrement trop permissif des stablecoins utilisés comme instruments de paiement. Dans le cadre de MiCA, la définition des asset-referenced tokens et des e-money tokens est déjà soumise à des exigences strictes ; cette étude pourrait alimenter de futures révisions.
  • Sur le plan commercial : les acteurs du secteur qui fondent leur proposition de valeur sur la réduction des coûts de remise devront potentiellement revoir leur argumentaire ou démontrer, données à l'appui, que leurs cas d'usage spécifiques échappent aux limites identifiées par la Banque d'Italie.
  • Sur le plan académique et institutionnel : cette publication s'ajoute à un corpus croissant de travaux critiques sur les promesses non tenues de la finance décentralisée, et pourrait inciter d'autres banques centrales européennes à conduire leurs propres analyses comparatives.

Points à surveiller

  • La publication intégrale de l'étude par la Banque d'Italie et la méthodologie précise retenue pour comparer les corridors de remises.
  • Les réactions des principaux émetteurs de stablecoins (Tether, Circle) et des acteurs du secteur des paiements crypto face à ces conclusions.
  • L'éventuelle prise en compte de ces travaux dans les discussions réglementaires européennes sur MiCA ou dans les rapports de la BCE sur la stabilité financière.
  • L'évolution des volumes réels de remises en stablecoins sur des corridors clés (Italie vers Afrique du Nord ou Asie du Sud, par exemple) comme test empirique des hypothèses de l'étude.

Sources


Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil en investissement. Les crypto-actifs sont volatils ; faites vos propres recherches.

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